D comme Doute

Dans la « chambre claire », (Ed. Cahier du Cinéma, Gallimard, Seuil), Roland Barthes écrit que la photographie affirme un « ça a été ». Il en oubliait Hippolyte Bayard qui réalisant son « autoportrait en noyé » en 1840 ne disait rien d’autre que la photographie est menteuse et ouvrait la voie à la narration fictive.

 

Cette notion du réel fut longuement discutée tout au long de l’histoire de la photographie. Les manipulations de Gustave Le Gray, puis celles des dictatures, en passant par la photo pictorialiste et en arriver aujourd’hui à l’utilisation de logiciels performants qui « simplifient » la manipulation.

 

Finalement, on ne peut que douter de la véracité d’une photographie, Clément Rosset en parle très bien dans son livre « Fantasmagories ». (Ed. de Minuit).

 

Même l’image journalistique est remise en question.

 

Certains photographes par leurs travaux démontrent que la photographie donne l’illusion de la réalité. La mise en scène de certaines photos, poussent à l’extrême cette illusion, Jeff Wall pour son champ de bataille en Irak, totalement « théâtralisé ».

 

La notion de cadrage, du choix d’un sujet dans un espace donné, l’utilisation d’une focale sont déjà  des choix subjectif et personnel que le photographe doit faire pour enregistrer une scène. Ce n’est alors qu’un prélèvement de ce que nous appelons le réel.

 

Au delà de cette image prise, la réalité n’est-elle pas illusoire ? Nous ne voyons que la surface des choses et uniquement ce que nous avons envie de voir. Nous ne pouvons voir derrière nous et la « réalité » est mouvante, toujours insaisissable. Ce que nous voyons est déjà passé.

 

Jean-Michel Verdan

8 décembre 2010

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